BD, Indé, Roman graphique

Journal

« Journal », Fabrice Neaud, Delcourt

1996, j’ai 23 ou 24 ans. Je suis un tout jeune libraire et un très jeune homme. La BD, pour faire court, c’est encore un monde très formaté . Du franco-belge, 48 ou 54 pages. De l’aventure, de la jeunesse, etc. L’Association vient de naître et des auteurs comme Trondheim, David B ou Dupuy et Berberian font voler en éclat la bulle. Dans le sillage de cette « grande petite » maison d’édition, c’est l’émergence de la « BD Indé ». S’ensuivent les grands débuts d’une autre petite maison d’édition indépendante: « Ego comme X ». Son livre fondateur, à mes yeux, est une claque. C’est « Le Journal » de Fabrice Neaud. Son graphisme tranche avec la production de l’époque: ni « indé », ni « gros nez », un trait académique de haute volée, fin et réaliste. Le propos du livre est une introspection d’une telle franchise qu’elle me fascine et me glace le sang instantanément ! Impossible pour l’auteur de se cacher derrière une œuvre qui décortique son époque, son environnement comme son âme de la sorte. Pour le gamin que je suis, c’est vertigineux. Oui, la BD est un moyen d’expression qui permet aussi « ça ». Un horizon s’ouvre.

D’un point de vue égocentrique, je réalise qu’il me serait totalement , fondamentalement, impossible d’aller aussi loin dans l’impudeur en ce qui me concerne. Mes noirceurs, mes failles , je ne suis pas certain de pouvoir les comprendre et certainement pas de -toutes – les reconnaitre. Donc moi, le « petit libraire hétéro de base », je m’identifie à ce jeune « héros » gay et auteur de BD. Pourquoi ? Peut-être parce que celui que j’étais il y a 25 ans, comme celui que je suis devenu aujourd’hui, admire le Courage et l’Intelligence.

– Frédéric –

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