« Petit pays », Gael Faye & Sylvain Savoia & Marzena Sowa, Aire Libre/Dupuis

Quand la folie s’empare des hommes, seuls restent les histoires et les livres. Nous ne savons jamais comment les choses finissent mais toujours comment elles commencent. Alors souvenons-nous des bouquins et de notre enfance pour garder une lueur d’espoir .
Le roman de Gaël Faye est un témoin à se passer de main en main, la bd de Savoia et Sowa d’yeux en yeux. Salvateur. Et beau.
-Fred-

Je connaissais Gaël Faye par sa carrière musicale, pas littéraire. J’ai plongé dans cette BD sans rien savoir du roman à part qu’il existait et qu’il avait été encensé. Quelle découverte bouleversante !
1994, Gaby vit avec sa famille au Burundi. Son père est français, arrivé dans le cadre de son service civil et jamais reparti. Sa mère, elle, est rwandaise de l’ethnie tutsi et a fui son pays, enfant, à cause des massacres de 1963. Vu le climat politique de plus en plus tendu, elle aimerait qu’ils partent en France. Le père ne veut pas retourner au pays où il sait qu’ils ne pourront pas avoir le même confort de vie. Au milieu de ces tensions, il y a Gaby qui, du haut de ses dix ans, sent bien que les choses commencent à changer et qu’il plane dans l’air un vent vicié qui porte l’odeur de la révolte. Quand le conflit éclate, son monde se rétrécit : l’école est interrompue, les domestiques ne passent plus chez eux et sa mère, inquiète pour ses proches restés au Rwanda, part tenter de les sauver en leur faisant passer la frontière. Mais les murs de la demeure ne protègent pas de tout et pour se nourrir, il faut sortir. Dans leur quartier, tout est devenu différent. Les petites guerres entre les gangs de jeunes du coin prennent un nouveau sens, les jeux et les combats ont perdu de leur innocence. Et malgré lui, Gaby se retrouve mêlé à cette violence qui s’infiltre partout.
C’est à travers ses yeux d’enfant que Gaël Faye, qui s’inspire de son vécu, nous narre le conflit. On sort complètement des chiffres, de la politique et des nombreux constats qui existent sur le génocide pour vivre le conflit à travers son impact sur le quotidien et sur la routine, à hauteur de gens. Le duo Sowa/Savoia (« Marzi ») donne avec brio et justesse un écrin d’images et une nouvelle vie à ce poignant témoignage. Un récit nécessaire !

-Ju-
