« Ootlin », Jenni Fagan, Métailié

« Ootlin« , un mot écossais pour dire « l’être exclu » : c’est comme ça que, faute de prénom, l’hôpital surnomme Jenni Fagan à sa naissance. Déjà retirée à sa mère incapable de s’en occuper, c’est à peine arrivée dans le monde que commence son parcours tumultueux dans les services sociaux.
Cela parait fou mais « Ootlin » n’est pas un roman: c’est le récit de l’enfance de l’autrice. Ecrit il y a 20 ans comme un exutoire, laissé dans une valise, c’est aujourd’hui devenue écrivaine confirmée (« Les Buveurs de lumière », « La Fille du diable ») qu’elle le publie. Re-nommée 4 fois, adoptée 2 fois, ballotée de maison en foyer, elle nous fait traverser ses mésaventures terribles avec force et sans jamais aller dans du misérabilisme. C’est une lecture effrénée, qu’on ne peut pas s’arrêter de lire, en espérant tout de long que la petite Jenni s’en sorte. Alors qu’on traverse avec elle ce monde d’adultes incompétents, ce qui frappe c’est sa force de vie et son attention aux moments de lumières auxquels elle s’accroche.
C’est une histoire comme un très sombre conte de fées pourtant réel, qui donne l’impression de voir un documentaire intérieur et rappelle aussi le film « Trainspotting« . L’écriture, féroce et poétique, alimente le propos: l’art est salvateur et les histoires nous font (sur)vivre. Une claque!

– Lou –
