« Jours de chasse », Dabitch & Gonzalez, Futuropolis

C’est une histoire qui semble imaginaire. Celle de quelques jeunes hommes qui partent le vendredi soir après le travail, le coffre rempli d’armes, pour tuer. Tuer des êtres humains durant le week-end. Pourquoi ? Pourquoi là où des gens cohabitaient paisiblement, là où cela ne signifiait rien d’être d’un côté ou de l’autre, un jour, une frontière de sang, de race, s’est matérialisée ? Pourquoi ?
Dabitch est descendant d’un arrière grand-père serbe (Dabic). Lors d’un voyage en 1989 à Belgrade, pour retrouver la trace de sa famille paternelle, il se rend compte qu’il arrive dans un contexte qui le dépasse. En effet, quelques mois plus tard le Mur de Berlin tombera et la Guerre de Yougoslavie débutera. Il comprend que malgré sa documentation et ses recherches sur l’histoire de cette région, il n’y connait pas grand chose, en fait il comprend qu’il ne comprend pas. Alors comment traduire cela ? comment l’imager ? l’articuler en récit ? Comment raconter qu’un jour « l’histoire n’est plus la même » ? que ceux qui créent le problème fournissent la solution » ?
Le graphisme original de Jorge Gonzalez, mêlant des brumes de toute la palette de gris et aplats de blanc, agit comme un exhausteur de cette poésie bizarre qui plante le décor de ce voyage au bout de la nuit. Un roman graphique qui nous rappelle que le début de la fin ressemble à ce que nous vivons actuellement : une absurdité qui tourne au cauchemar.

– Frédéric –
