Histoire, Politique, Roman graphique

Rébétissa

« Rébétissa – L’Antidote », David Prudhomme, Futuropolis

L’heure est grave : la tyrannie au pouvoir ordonne la chasse aux sorcières. Entendez, tous ceux pas assez blancs, pas assez continentaux, pas assez grecs. Pour les Hellènes de l’autre rive de la mer Egée, où de la mer Noire, les orientaux, les Pontiques, toutes celles et tous ceux qui peuplaient depuis des millénaires cette région du Moyen-Orient et qui ont fuit la répression sanguinaire de la toute jeune république turque, il faut essayer de vivre dans une patrie qui les perçoit comme des parasites, des métèques. Eux qui constituaient le chaînon manquant entre Orient et Occident, les Rebetes, les troubadours qui sauvegardaient et transmettaient cette culture musicale et orale, c’est l’heure de se censurer, de s’oblitérer, de s’effacer pour survivre. Alors pour le petit groupe du bar de Katina, il faut choisir : rester musiciens en oubliant leur culture ou trouver un autre métier. S’adapter ou disparaître. Ou vivre ! Sans penser à demain ! Danser et aimer ! S’abîmer dans l’oubli d’un monde incapable de reconnaître la beauté. 

Seul le grand maître de la BD Vittorio Giardino rivalise dans ma mémoire dans la maîtrise de la lumière, des ombres, de la chaleur implacable qui fige et éblouit. On est emporté par le souffle et la vivacité des personnages, on lit les yeux plissés pour ne pas en perdre une miette. Les regards et l’Amour et la Mort font chanter les planches, David Prudhomme est un tragédien grec. Avec lui le désespoir sonne comme un espoir. Une fin belle à chialer. Un chef-d’œuvre ! 

-Frédéric-

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