« Sangliers », Lisa Blumen, L’employé.e du moi

Sur les réseaux, NinaMakeup cumule des milliers d’abonnés qui suivent ses vidéos – routine beauté, lifestyle, conseils produits… Mais dans la vraie vie, c’est juste Nina, une fille qui vit en se filmant et en mettant en scène son quotidien, dont la solitude et la paranoïa augmentent en même temps que son nombre de followers. Ces milliers de regards invisibles, ces centaines de commentaires, c’est toute sa carrière mais c’est aussi sa prison.
Après « Astra Nova« , Lisa Blumein revient nous parler d’ambition et d’isolement dans une ambiance différente d’un départ dans l’espace mais finalement pas moins lunaire : le monde des réseaux sociaux. Elle nous plonge dans l’envers du décor du métier d’influenceur.euse dans tout ce qu’il a de paradoxal : le mépris de ce milieu professionnel malgré son influence online, l’enfermement induit malgré le confort de vie… Comme le décryptait Liv Stromquist dans « Le palais des miroirs » ou le film « The Substance » qui s’en emparait dans toute sa violence, cet album réussit à développer une critique du milieu sans le diaboliser, en pointant la colère vers le vrai problème sous-jacent : l’idéal écrasant de la beauté féminine et toutes les pressions sociales qui en découlent. Une histoire de traque où les tons doux et rosés des feutres à alcool sont un trompe-l’oeil de la pression haletante qui se joue; à l’image de son sujet.

– Lou –
