« Le Bel Obscur », Caroline Lamarche, Seuil

Caroline Lamarche remonte le fil généalogique de sa lignée pour comprendre pourquoi un lointain ancêtre du XIXe siècle a subi l’outrage d’être effacé des archives familiales. D’abord drolatique et pittoresque, l’enquête se mue en introspection sur son propre couple qui se délite. En effet, après huit années de vie conjugale et deux enfants, elle comprend qu’elle est la femme d’un homosexuel. « C’est subir le placard du placard, c’est l’effet domino de l’homophobie ». Alors qui est « le bel obscur » ? Son ancêtre rejeté et mort jeune dans le terrible déni maternel ? Ou son mari dont l’amour courtois est l’élégante parure sociale d’un homme qui ne sera jamais heureux avec une femme ? Où se cache la vérité sinon dans la liberté d’être soi-même ? Lamarche, en se mettant a nu, exploite tout le potentiel de la palette des humeurs et des passions humaines.
Hétéro, la cinquantaine bien sonnée, père de famille, enfin je comprends peut-être certaines réalités queer et gay qui m’étaient totalement obscures grâce à l’incommensurable bienveillance d’une femme délaissée en quête d’amour. C’est son talent d’écriture et les mots qu’elle met sur les « choses de la vie » qui me vaut cette nécessaire initiation à la pluralité de ces intersections de genres et d’existences. Je referme ce roman avec plus de questions que de réponses… mais la lecture n’est est-elle pas aussi un acte politique ? Lire, c’est s’ouvrir à l’Autre, prendre le « risque » de changer et de ne pas comprendre tout, tout de suite. Notre monde aurait bien besoin de plus de lecteurices… et plus de romans comme celui-ci pour élargir les horizons.
-Frédéric-

