BD, Documentaire, Non fiction, Tranche de vie

Là où tu vas

« Là où tu vas – voyage au pays de la mémoire qui flanche », E. Davodeau, Futuropolis

Décidément Etienne Davodeau n’a pas son pareil pour mêler l’intime et l’universel ou l’instructif et l’émotion. Il nous le prouve une fois encore avec ce nouvel album où il s’attache dans les pas de Françoise, accompagnante pour les personnes atteintes de la maladie d’Alzheimer (pas « les malades » !) et leurs proches. Mais Françoise, il partage aussi sa vie depuis de nombreuses années maintenant – et cette histoire n’aurait définitivement pas eu la même saveur sans ça.

Le résultat est un récit hybride, un peu comme « Le droit du sol » ou « Les ignorants », entre instants de vie de couple, reportage au plus proche du quotidien d’accompagnante, apprentissage des spécificités de la maladie d’Alzheimer (en nous plaçant parfois même dans les chaussures des gens qui en sont atteints, un peu comme avec l’autisme dans « Ted drôle de coco »), mais aussi questionnements éthiques et narratifs passionnants. Comment préserver l’anonymat, la pudeur, comment raconter le quotidien de gens qui ne se souviendront peut-être plus le lendemain d’avoir donné une forme d’accord la veille ? Là encore, la bande dessinée montre tout son formidable pouvoir là où d’autres formes d’art auraient échoué.

Dans la démarche d’Etienne comme celle de Françoise, ce qui est placé au centre c’est l’instant présent, l’écoute, la patience, la dignité, le respect, l’empathie. L’humain, en somme, dans toute sa vulnérabilité et son charme, comme clé de voûte pour changer le regard que nous portons sur les personnes atteintes de troubles cognitifs et leur rendre à elleux aussi leur humanité. Le succès d’ouvrages comme « Mon vrai nom est Elisabeth » nous montre bien qu’avec la moyenne d’âge vieillissante de nos sociétés, la question de la santé mentale – et sa perception – est d’une absolue actualité. Et un album comme celui-ci, à même de toucher même quand on n’est a priori pas concerné.e – mais demain, qui peut le dire ? – éminemment beau et nécessaire !

– Nikita –

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