BD, Roman graphique, Tranche de vie

L’insensé

« L’insensé », M. Larcenet, Dargaud


F. Barbot, septuagénaire, vit une existence paisible dans une petite maison paumée au fond de la campagne, faite d’observation de la nature et de nombreuses heures penché sur sa table à dessin. Jusqu’à ce qu’un jour une double menace vienne perturber sa tranquillité : la municipalité veut installer un lampadaire à côté de chez lui qui aime tant voir les étoiles et la faune nocturne, et il fait un malaise révélateur d’une pathologie plus sérieuse. Yannick, son seul ami, le convainc que c’est peut-être le moment de briser 25 années de silence et reprendre contact avec ses enfants, après avoir été un père absent la majorité de leur vie. D’abord réfractaire, il entame une lettre qui se transforme en journaux dont nous lecteurices sommes aux premières loges…

Manu Larcenet fait partie comme Matsumoto de ces auteurs capables de se réinventer à chaque album ! Il nous livre ici des planches où ses traits revêtent plusieurs styles, avec une majorité de cases épurées qui font la part belle au silence, à la beauté des choses simples et des petits détails qui semblent insignifiants mais peuvent faire toute la différence ; et puis d’un coup des fulgurances graphiques, des instantanés oniriques où l’image révèle tout son potentiel de dire tellement plus et plus limpidement que les mots, des ressentis qui vous explosent au visage, l’émotion qui monte petit à petit. Solitude, maladie, santé mentale, vieillesse, des thèmes de plus en plus actuels… On devine probablement une part de vécu dans le portrait touchant de ce personnage pour qui le dessin, plus qu’un refuge, est devenu un moyen d’appréhender le monde. Beau et puissant ! si je devais le placer sur une cartographie de l’oeuvre, je le mettrais quelque part au confluent du « Combat Ordinaire » et de « Blast ».

– Nikita

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