« Les voleurs d’innocence », Sarai Walker, Gallmeister

Qui n’a pas été marqué par le roman/le film « Virgin Suicides« ? Ces belles jeunes filles angéliques qui se suicident sans raison apparente… Sarai Walker décide de moderniser ce classique et de renforcer son message féministe. Une mère instable (maudite ?) accouche de six filles dont les prénoms évoquent des fleurs, déjà considérées comme de petites choses fragiles à enfermer dans une serre pour préserver leur beauté et leur pureté. Elles grandissent et acquièrent des traits de personnalité qui les distinguent sans les caricaturer pour autant. Pour quitter la maison familiale en 1950, une seule porte de sortie : le mariage. Loin du conte de fées, chaque sœur qui passe le pas et entretient une relation charnelle avec un homme finit par mourir tragiquement.
Les thèmes de l’orientation sexuelle, de la vision des femmes dans la société et de la santé mentale jouent évidemment un rôle majeur dans ce récit d’atmosphère empreint de sororité et de symbolisme où l’art est érigé en refuge, en exutoire, en lieu de reconstruction et de réinvention de soi (avis aux amateurs de Georgia O’Keefe). Au confluent des romans de Poe, Wharton, Morrison ou Shirley Jackson, l’écriture poétique, ensorcelante et intimiste du récit, macérée dans une ambiance gothique presque étouffante, fait de ce roman une pépite, un coup de coeur qui marque et dont on se souvient longtemps.

– Abi –
