« Blackouts », Justin Torres, Editions de l’Olivier

Un jeune homme décide de plaquer sa vie pour se rendre au Palais, étrange bâtiment désuet au milieu du désert où il rejoint la minuscule chambre de Juan, qu’il a connu 10 ans plus tôt dans un hôpital psychiatrique : très âgé et très charismatique, véritable puits de connaissance qui parle en citant des livres. Leurs souvenirs, qu’ils s’échangent tout bas dans la nuit, vont se mélanger; ceux de deux hommes portoricains homosexuels de deux générations différentes mais traversés par la même violence aux brefs instants de beauté.
Il y a aussi les recherches volées de Jan Gay, réelle anthropologue lesbienne des années 20. Des témoignages bafoués des minorités sexuelles que Juan a conservés, qu’il veut ramener à la vie.
Blackouts (littéralement ‘censure’ ou ‘amnésie’) c’est un livre sur la mémoire perdue qu’on retrouve, et particulièrement cette mémoire queer si fragile. Mélange de fiction, d’archive réelle et remaniée, il nous emporte par flashs dans un kaléidoscope d’histoires et d’images pointues. Justin Torres revient plus de 10 ans après son premier roman à succès (« Vie Animale ») avec un ouvrage inclassable comme « La Maison des Feuilles », dans une écriture époustouflante qui peut rappeler Ocean Vuong. Une véritable ode au récit, ou de la nécessité absolue de raconter les histoires de celleux qu’on a longtemps tu.e.s.

– Lou –

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