« Tokyo, ces jours-ci », T. Matsumoto, Kana

Là où Taniguchi nous emmenait sur les premiers pas d’un jeune aspirant mangaka dans « Un zoo en hiver », Matsumoto (« Amer Béton ») nous invite ici au crépuscule de la carrière d’un éditeur – chaînon rarement mis en lumière et pourtant essentiel du livre ! Après 30 ans de bons et loyaux services, Shiozawa donne sa démission… mais le feu sacré qu’il croyait perdu n’est peut-être finalement pas si facile à éteindre ?
L’industrie du manga peut être très lucrative pour quelques élus, mais pour beaucoup d’artistes elle est synonyme de précarité sur un marché en perpétuel changement, tiraillé entre tradition et modernité. Du côté éditorial aussi, il y a ceux qui se préoccupent avant tout du business et ceux dont l’artiste et sa création sont la priorité. Une dichotomie que Matsumoto met en scène sans nombrilisme ou misérabilisme, avec beaucoup d’universalité, de nuance et de sensibilité. Avec ses trames particulières, son trait vif et frémissant, ses zooms impressionnistes comme autant de fenêtres sur la vie de ses protagonistes, il brosse le portrait de personnages touchants derrière lesquels il sait s’effacer avec tendresse. Entre mélancolie et poésie, c’est une belle ode aux gens « ordinaires », aux paumés en quête de sens, au quotidien, à l’art et aux passions qui nous animent et nous rendent humain.e.s ! Et comme Taniguchi, une belle porte d’entrée vers le manga !

– Nikita –
