Littérature américaine, Romans, Tranche de vie

Brutes

« Brutes », Dizz Tate, Editions de l’Olivier

Pour un premier roman, cette autrice montre un vrai talent pour le maniement de la langue dans toutes ses possibilités et ses nuances. Sans jamais nous perdre, elle nous emmène par divers chemins dans une ville paumée, remplie de gens paumés avec des vies de paumées. Et qu’est-ce qu’on aime ça ! Nos protagonistes sont à la fois multiples et singuliers : un groupe de jeunes filles en parfaite symbiose, aussi cruelles qu’avides, qui nous rappellent toute l’étrangeté et l’ambivalence de l’adolescence; un peu à la « The Florida Project » de Sean Baker. Leur seul but est d’être aimées, adulées, combler le vide dans leur coeur qu’elles sont incapables de remplir elles-mêmes, et quand ce souhait n’est pas satisfait – spoiler : il ne l’est jamais vraiment – quoi de mieux que de projeter sur les autres souffrance et admiration… 

J’ai adoré cette lecture hypnotisante qui nous fait vivre et ressentir ces enfances à la fois compliquées et ordinaires dont la fiabilité est si restreinte que ça donne un prisme profondément intime et flou; qui rappelle d’ailleurs le « Vie animale » de Justin Torres. Un livre à dévorer à pleine dents, dans lequel s’enfoncer jusqu’au cou pour se perdre et se laisser complètement emporter ! 

-Abi-

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