littérature francophone, Romans

Grenouille

« Grenouille », S. Shikalov, Seuil

« D’après une expérience scientifique, lorsqu’on plonge une grenouille dans l’eau bouillante, elle saute et s’enfuit. Mais si on la plonge dans l’eau froide qu’on chauffe lentement, elle ne sent pas le danger et meurt à petit feu. »

Elle ? C’est une grande comédienne russe. A 58 ans et 1 million d’abonnés sur Instagram, elle fait la fierté de son pays. Ne supportant pas la réalité de la guerre fratricide contre l’Ukraine, elle décide sur un coup de tête de tout quitter et fuir à Paris, où elle n’est plus qu’une exilée, étrangère, anonyme. Alors elle décide d’apprendre le français pour remonter sur les planches et continuer à exister. Mais comment redevenir celle qu’elle fut dans une langue qui ne sera jamais vraiment la sienne ?

Elle écrit une pièce de théâtre, «  Grenouille », quelque chose de beau pour décrire la laideur de la guerre et du régime, pour interroger et essayer aussi de retrouver un peu de la lumière qu’elle a perdue en descendant de son piédestal de notoriété. Mais est-ce possible de critiquer sans dénoncer ? Elle ne veut pas le faire frontalement par peur de ce que le pouvoir russe est capable de faire à celleux qui s’opposent au récit univoque de cette guerre quasi sainte. Et qui la protégerait ici alors que les médias occidentaux déversent quotidiennement leurs infos sans nuances de ce que prétendument ses compatriotes penseraient ou pas ? Prise entre le marteau et l’enclume, entre culpabilité, désarroi, colère et amertume, il faut résister à la lâcheté. Que faire quand son univers s’effondre ? Oser ou disparaître ?

Une belle histoire ! Ni récit historique ni essai politique, le jeune Serguei Shikalov nous tend avec empathie à chacun.e un miroir dérangeant qui nous plonge dans l’introspection : et nous ? Que ferions-nous ?

– Frédéric

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