« Une singularité », B. Hauser, Actes Sud

Gros coup de cœur pour ce livre que j’ai refermé comme on sort d’un rêve dont on a perdu le souvenir précis mais avec l’impression diffuse d’avoir touché du doigt les rouages secrets, les clés à l’œuvre derrière l’univers. « Après le silence, le bruit du monde doit être la plus belle chose qui soit. » Le jeune Bastien Hauser, dont c’est le 1er roman (sans doute pas le dernier !), réussit à merveille à saisir ce bruit du monde : un flux de conscience, des coïncidences cosmiques, des associations d’idées qui fusent comme des connexions neuronales, une somme d’instantanés au parfum d’éternité… la voix d’une génération en quête de sens, d’identité, de l’Autre et d’une autre manière de penser nos relations.
Dans le chaos de notre modernité et son accès globalisé à une information immédiate et multiple, des zones d’ombre de la science, comment trouver sa place, penser ou rêver un monde différent ? Entre paranoïa, fantasme et utopie, entre alarmes et moments de grâce, avec une esthétique de la liesse, le récit passe de l’intime à l’universel dans une sensation de vertige aussi déroutante que grisante et un sentiment d’émerveillement face à l’ordinaire pas si ordinaire qui réinvestit de la poésie dans notre quotidien. A commencer par le style de l’auteur : une vraie plume qui pulse et bouillonne, un swing fait de récurrences et de métonymies, un flow magnétique comme les flammes d’un feu que l’on fixe. Happée dès les premières lignes, je crois qu’il aurait pu m’emmener où il voulait, j’aurais suivi. Difficile à comparer mais j’ai pensé, en vrac, à : Bolano, Kae Tempest, M-A Mathieu, ‘Le droit du sol’, ‘Oleg’, ‘Donnie Darko’, ‘Sidérations’, …
J’ai adoré ! C’est beau et impétueux comme le hasard d’astres imparfaits mais parfaitement alignés, une sérendipité…ou une singularité !

– Nikita –
