« La terre verte », Alain Ayroles & Hervé Tanquerelle & Isabelle Merlet, delcourt

Après l’immense succès ô combien mérité de ses « Indes Fourbes« , Alain Ayroles imagine une suite non pas à une œuvre majeure de la littérature médiévale espagnole, mais au St Graal de la littérature mondiale : Shakespeare!
Comment ose-t-il !? Comme un alpiniste qui accède à l’Everest par sa voie royale, la plus belle, la plus dangereuse, entre lumières et ténèbres, en rejouant pour nos yeux aimantés par l’extraordinaire aisance du récit la tragédie éternelle de celui qui se voulut Roi Richard a tout perdu. Son Royaume, son orgueil, son amour, son peuple… mais pas la vie. Il parvient à s’enfuir dans l’endroit où personne ne viendra le chercher : le Groenland. Depuis les confins de la contrée la plus inhospitalière, l’irrépressible pulsion de dominer les hommes renaîtra. Sphinx fourbe entouré de quelques misérables criant famine, il réenclenche une mécanique machiavélique : soumettre en flattant, en trompant, en vouant les hommes à s’entretuer pour Dieu, la Fortune et le Pouvoir. Même là-bas et crevant à petit feu, ils sont décidément irrécupérables… Un dessin gourmand, une narration imparable, un humour noir délicieux, des scènes d’action dignes de la série « Vikings », le souffle des oeuvres majeures, j’ai lu ce grimoire fiévreusement : quelle merveille ! Quelle intelligence subtile, drôle et terrible ! Il y a quelque chose de Jean Teulé dans l’ironie jouissive que nous donne à lire Ayroles. Déjà la meilleure BD de l’année ?
PS : la tragédie contemporaine qui se joue sous nos yeux (Trump, la guerre, la destruction de notre environnement, etc.) est aussi vieille que la civilisation occidentale : une lutte morbide pour le pouvoir ou comment l’inversion des valeurs fondamentales sont à l’œuvre pour rétablir une tyrannie, un régime, un chef derrière lequel se cacher, fuir toujours plus loin au point de ne plus être capable de revenir en arrière.

-Frédéric-
