« De Pierre et d’os », Krassinsky/d’après Bérengère Cournut, Dupuis (Aire Libre)

« De Pierre et d’Os » c’est ce remarquable roman de B. Cournut qui s’inscrit tant dans la longue tradition du roman d’aventure naturaliste ( j’adore!) que dans ce courant contemporain de reconnaissance -enfin- féministe du destin encore plus fatal pour les femmes quand l’impitoyable et immanente Nature est de fait associée à un ordre social, une « tradition » sociologique patriarcale. C’est le récit d’une vie, d’une fille, d’une femme, d’une mère, d’une survivante. D’un peuple. Et de sa culture mystérieuse. Alors parfois on peut se demander devant les dizaines d’adaptations littéraires en BD ce qu’elles peuvent bien apporter. Certes, selon la juste formule, « une bonne adaptation est une bonne trahison » mais cela ne suffit pas pour être à la hauteur: il faut un plus, un mieux, une différence, bref une vision intime d’une œuvre pour la faire sienne. J-P Krassinsky réussit à atteindre cette tout autre ampleur.
C’est en dépeignant la force intangible des éléments et de l’environnement, d’un pinceau qui capte les nuances subtiles d’un climat extrêmement changeant et d’une terre se confondant dans une mer glacée presque embaumée de cieux crépusculaires, que l’adaptateur se révèle créateur.
Pour les amateurices de grands classiques de la BD, il y a Derib et son inoubliable et avant-gardiste «Buddy Longway » , pour celleux qui ont dévoré « Croc Fendu » de la chanteuse de gorge T. Tagaq, « Je pleure encore la beauté du monde » de C. McConaghy, « Kukum » de M. Jean, « Indian Creek » de P. Fromm, ou l’impressionnant « Sauvage » de J. Bradbury, c’est tout simplement une des BD de l’année. Nous n’oublierons jamais l’odyssée de la valeureuse Uqsuralik !

-Frédéric-
