« Le livre de Kells », Sorj Chalandon, Grasset

Égaré, le Peter Pan; digéré, « le fils de rien », l’orphelin volontaire : la rue, c’est une descente aux enfers.
Parce qu’on ne choisit pas ses comparses quand on embarque sur le Radeau de la Méduse, parce que, à seulement 17 ans, on ne fait déjà plus pitié quand on crève de faim. Un « paresseux », un « inutile », ne suscite plus au mieux que de l’indifférence, au pire de la violence. Vivre un hiver glacial sans un toit, c’est un remède impitoyable à la soif de liberté d’un adolescent trompé et maltraité par son père au point de choisir de fuir, de tout quitter, sans savoir que c’est un aller-simple pour la folie ou la tombe.
Sorj Chalandon nous prend fermement par la main pour nous faire descendre avec lui dans la nuit de son adolescence. Une liberté en guenilles. Mais son autobiographie, c’est tellement plus que l’histoire d’un père, « l’autre », « l’ennemi », qui transforme son fils en enragé et sa femme en fantôme. C’est l’histoire d’une révolte, d’un espoir insubmersible, d’un éveil à la vie, à l’amitié, à la solidarité. A la dignité.
Plus qu’un roman autobiographique, plus qu’un portrait de la violence des années 70 et de leurs luttes politiques, une passionnante odyssée dont je n’oublierai rien !

-Frédéric-

Très réussi en effet !