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Pipeline

« Pipeline », Rachel M.Cholz, Seuil

« Pipeline » c’est un premier roman sombre et poisseux, un peu comme le gazole que la narratrice et Alix vont piquer dans les chantiers, pour la thune et pour l’adrénaline de l’illégal. Ils zonent de plan galère en plan galère jusqu’à trouver, tapie dans la terre noire d’une forêt, une mine d’or: un pipeline à siphonner. Alors, tout s’accélère: le prix du gazole en augmentation constante qui rythme le récit, l’argent et les litres d’essence qui coulent à flot dans les jerrycans, le camion qui fonce sur le ring de Bruxelles pour les revendre à toute vitesse au garage de Fetnat à Molenbeek et la pression qui enserre de plus en plus les protagonistes.

Dans une langue brute, qui chuchote et qui crie, dans laquelle on sent une influence théâtrale, Rachel M. Cholz réussit à saisir les faufilages des silhouettes nocturnes qui fuient la police et la précarité, mais aussi leur énergie féroce de vie, aspirant l’essence à pleine bouche et s’enivrant de sortir du système. On retrouve un peu de Ocean Vuong (Un bref instant de splendeur) ou de Kae Tempest (Ecoute la ville tomber) dans cette écriture très orale et dans l’accent mis sur les habitants des marges.

Oui, « Pipeline » est à l’image du gazole qui le traverse :  intrinsèquement politique et d’une force étourdissante où se mêlent sexe, violence et ardeur du moment présent.

– Lou –

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