BD, Comics, Documentaire, Roman graphique

L’accident de chasse

« L’accident de chasse », D.L. Carlson/L. Blair, Sonatine

> le coup de coeur de Nikita : 

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Comment vous dire ?
Comment vous parler de cette odyssée incroyable, cette épopée graphique époustouflante sur les traces de Dante, Emerson et Keats dans les rues du Chicago des années 30 et les allées du panoptique de la prison de Stateville ? C’est d’abord l’histoire de Charlie, un jeune homme qui a de mauvaises fréquentations, se retrouve au mauvais endroit au mauvais moment, et risque la taule parce qu’il veut pas être une balance. Mais c’est surtout l’histoire de Matt, son père, qui est aveugle suite à, a-t-il toujours dit à son fils, un accident de chasse. Sauf que c’est plus compliqué que ça… et pour lui éviter de suivre le même chemin que lui, Matt va révéler à Charlie son histoire (vraie ! bien qu’un peu romancée) : sa cécité due à un braquage qui a mal tourné, et puis surtout son séjour en prison dans la même cellule que Nathan Leopold, le comparse de Richard Loeb dans ce qui devint pour la postérité le ‘crime du siècle’. Le légendaire tueur lui apprend d’abord à lire le braille, puis l’ « Enfer » de Dante.

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Quel étrange et génial écheveau de récits enchâssés que ce petit bijou de créativité folle et sans limites ! On est quelque part entre ‘Moi ce que j’aime, c’est les monstres’, ‘Mon ami Dahmer’, ‘Habibi’ et ‘Il était une fois en Amérique’ un carrefour improbable où l’on peut tour à tour découvrir les coulisses du crime d’un psychopathe mais aussi apprendre comment fonctionne une glim box, voir de jeunes vagabonds rejouer la caverne de Platon en ombres chinoises sur le mur d’un wagon de train ou apprendre que l’omerta, la fameuse loi du silence, provient de la même racine qu’ ‘homérique’, la loyauté au combat. Un petit chef d’oeuvre d’une élégance et d’une érudition rares sur l’Histoire de la 2ème moitié du 20è siècle américain mais aussi celle des grands poètes de la civilisation occidentale, tout en étant une très belle histoire sur les difficultés que les fils peuvent avoir avec leurs pères – et inversement. Et surtout un manifeste éminemment puissant, placé sous le patronage du ‘langage secret des poètes’, sur le pouvoir de la lecture et des images que l’on se crée : la ‘vérité de l’imagination’ – ‘les barreaux d’une prison peuvent être faits de fer ou d’idées’.

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Et puis c’est un de ces albums qui révèlent tout le potentiel narratif unique de la bande dessinée et lui donnent ses lettres de noblesse en tant qu’Art à part entière : quels incroyables tableaux, quelles symboliques fortes, quelles compositions originales, quel travail de titan pour réaliser ces 460 et quelque pages à la plume avec une telle finesse ! Il y a quelque chose de Robert Crumb ou Edward Gorey dans ces planches magnifiques, et définitivement quelque chose à part dans cette merveille aux nombreux niveaux de profondeur.

‘La beauté se niche un peu partout’, et surtout, j’ajouterais, là où on ne l’attend pas.
Laissez-vous surprendre par ce tour de force exceptionnel ! 🙂

– Nikita –

 

> le coup de coeur de Frédéric : 

Je suis obligé de revoir mon panthéon de la BDun chef d’oeuvre vient de tout bousculer ! Je lis de la BD depuis trop longtemps pour me souvenir précisément de la dernière lecture qui m’a marqué de la sorte…

Une langue qui ne s’adapte pas aux changements, qui ne crée pas de nouveaux mots pour désigner de nouvelles choses, de nouveaux concepts, se voit progressivement gangrenée et finalement remplacée par une autre langue. Il en va de même pour les média.
Le « medium-papier » est-il devenu une limite, un frein à la création ? La forme permet-elle encore d’offrir suffisamment au fond ? Le langage de la BD est-il encore assez souple, l’alphabet assez subtil ? Ce sont comme toujours les créateurs qui (re)vitalisent leur moyen d’expression.

La narration est la clé de voûte de la BD, comme en cinéma. Mais les créateurs de BD n’ont que leur imagination et leurs pinceaux pour faire bouger, vivre le papier. Est-ce devenu rédhibitoire ? En un mot, la BD est-elle encore dans la course ? « L’accident de chasse » est la preuve vivante que la glaise originelle de ce moyen d’expression recèle la plasticité qui permet TOUT ce que la création peut imaginer pour nous faire rire, pleurer, nous émouvoir, nous émerveiller. Et nous éveiller à la culture et à l’Art. Tant qu’il y aura des Landis Blair et des David Carlson, il y aura de la BD.

 

« L’imagination est aussi authentique que n’importe quel fait descriptible. Cette histoire est une tentative pour raviver la magie et le merveilleux de l’expérience humaine. » D. Carlson

 

– Frédéric –

> le coup de coeur de Patrick Delperdange, écrivain :

S’il fallait encore une preuve que la bande dessinée peut se confronter à l’essentiel de ce qui fait la vie des êtres humains, ces pauvres diables qui se démènent et cherchent le bonheur, à tâtons… « L’accident de chasse » nous parle de confiance et de trahison, de transmission des valeurs, de fatalité et de rédemption, et surtout de la puissance de l’imagination. Tout cela avec une fluidité et un sens du récit jamais pris en défaut.
Un album indispensable !« 

– Patrick Delperdange –

> le coup de coeur de Jean-Marc Panis, journaliste :

Parfois, les chefs-d’œuvre font peur, avec leur nombre de pages, leur allure et leur érudition.
Alors parfois, on passe à côté. Ou pire: on les achète, et ils finissent comme un trophée dans la bibliothèque, ou sur la table du salon, trop intimidants pour être réellement lus.
Ce serait bien dommage de réserver ce sort à cet Accident de chasse.

Car oui, la brique que vous tenez dans les mains est bourrée de références, de savoirs, d’intelligence. Oui, on y évoque la poésie des grands auteurs américains, et pas les plus lisibles. Et oui, le fantôme de Dante s’y invite et les hommages se multiplient.

Mais ce qui reste, une fois lue cette très belle histoire de filiation, de mensonge et de liberté, c’est un sentiment de bonheur et une envie de vivre pleinement cette vie qui est la nôtre. Avec ses ombres, et ses lumières. Un très beau cadeau à (s’)offrir.

– Jean-Marc Panis –

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