BD, Comics, Documentaire, Roman graphique

L’accident de chasse

« L’accident de chasse », D.L. Carlson/L. Blair, Sonatine

> à paraître fin août 2020 !

acc3

Comment vous dire ?
Comment vous parler de cette odyssée incroyable, cette épopée graphique époustouflante sur les traces de Dante, Emerson et Keats dans les rues du Chicago des années 30 et les allées du panoptique de la prison de Stateville ? C’est d’abord l’histoire de Charlie, un jeune homme qui a de mauvaises fréquentations, se retrouve au mauvais endroit au mauvais moment, et risque la taule parce qu’il veut pas être une balance. Mais c’est surtout l’histoire de Matt, son père, qui est aveugle suite à, a-t-il toujours dit à son fil, un accident de chasse. Sauf que c’est plus compliqué que ça… et pour lui éviter de suivre le même chemin que lui, Matt va révéler à Charlie son histoire (vraie ! bien qu’un peu romancée) : sa cécité due à un braquage qui a mal tourné, et puis surtout son séjour en prison dans la même cellule que Nathan Leopold, le comparse de Richard Loeb dans ce qui devint pour la postérité le ‘crime du siècle’. Le légendaire tueur lui apprend d’abord à lire le braille, puis l’ « Enfer » de Dante.

acc1

Quel étrange et génial écheveau de récits enchâssés que ce petit bijou de créativité folle et sans limites ! On est quelque part entre ‘Moi ce que j’aime, c’est les monstres’, ‘Mon ami Dahmer’, ‘Habibi’ et ‘Il était une fois en Amérique’ un carrefour improbable où l’on peut tour à tour découvrir les coulisses du crime d’un psychopathe mais aussi apprendre comment fonctionne une glim box, voir de jeunes vagabonds rejouer la caverne de Platon en ombres chinoises sur le mur d’un wagon de train ou apprendre que l’omerta, la fameuse loi du silence, provient de la même racine qu’ ‘homérique’, la loyauté au combat. Un petit chef d’oeuvre d’une élégance et d’une érudition rares sur l’Histoire de la 2ème moitié du 20è siècle américain mais aussi celle des grands poètes de la civilisation occidentale, tout en étant une très belle histoire sur les difficultés que les fils peuvent avoir avec leurs pères – et inversement. Et surtout un manifeste éminemment puissant, placé sous le patronage du ‘langage secret des poètes’, sur le pouvoir de la lecture et des images que l’on se crée : la ‘vérité de l’imagination’ – ‘les barreaux d’une prison peuvent être faits de fer ou d’idées’.

acc2

Et puis c’est un de ces albums qui révèlent tout le potentiel narratif unique de la bande dessinée et lui donnent ses lettres de noblesse en tant qu’Art à part entière : quels incroyables tableaux, quelles symboliques fortes, quelles compositions originales, quel travail de titan pour réaliser ces 460 et quelque pages à la plume avec une telle finesse ! Il y a quelque chose de Robert Crumb ou Edward Gorey dans ces planches magnifiques, et définitivement quelque chose à part dans cette merveille aux nombreux niveaux de profondeur.

‘La beauté se niche un peu partout’, et surtout, j’ajouterais, là où on ne l’attend pas.
Laissez-vous surprendre par ce tour de force exceptionnel ! 🙂

– Nikita –

Votre commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l’aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s