littérature francophone, Romans

Les marins ne savent pas nager

« Les marins ne savent pas nager », D. Scali, La Peuplade

Penchez-vous un petit peu…chut… voilà, vous entendez le bruit de la mer ?
Sans hésiter mon titre préféré et gros coup de cœur de cette rentrée littéraire ! Mise en situation : je le commence en vacances, au cours d’un trajet qui m’amène à ma prochaine étape. 200 pages et 4h plus tard, le bus s’arrête, et moi je n’ai pas envie de stopper ma lecture, aussi magnifique que soit ma destination… Je ne peux que vivement vous conseiller de vous laisser porter vous aussi par vents et marées tout au long de ce roman-océan (parce que « roman-fleuve », c’est pas assez) au sillage ambitieux !

On est entre terre et mer dans un 18è siècle réinventé avec brio, sur l’île d’Ys. Son centre névralgique, c’est la Cité où les places sont très chères, tandis que le reste de la population se disperse où elle peut sur les rivages menacés par de terribles marées d’équinoxes. Tout part d’un naufragé exclu de la Cité et d’une cloche échouée sur la grève. Que peut-on bien faire d’une cloche ? Une école, pardi ! Voilà un très bel exemple de la puissance imaginative de ce récit. Quel souffle romanesque, quel panache ! On est entre conte philosophique à la Voltaire, formidable roman d’aventure maritime, saga feuilletonesque, récit picaresque, de piraterie, épopée homérique aux accents d’Odyssée ; on pense bien sûr à Stevenson mais aussi Zevaco, Zola ou Damasio.

Dominique Scali a une plume, une vraie, qui se démarque (c’est déjà pas rien!) et qu’on reconnaît en quelques lignes, un style au charme parfaitement désuet, une langue travaillée, très littéraire et pourtant tellement fluide que 700 pages, ça passe en un instant. Un univers riche, profond, cohérent et évocateur où se côtoient filouterie et code d’honneur, et surtout une héroïne incandescente qui refuse d’être enfermée dans des cases et laissera son empreinte au fer rouge dans votre imaginaire, comme tout le reste dans son sillage. Envoûtant, époustouflant et ébouriffant comme un « Betty » ou un « Lorsque le dernier arbre » !

– Nikita –

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